Station d’épuration Bxl Nord : encore un marché truqué
Le marché du siècle. C’est ainsi qu’était qualifié l’attribution du marché public d’appel d’offres européen pour la construction de la station d’épuration Bruxelles-Nord.
Plus d’un million d’habitants devaient bénéficier du traitement de leurs eaux usées, ce qui en faisait une des plus importantes au monde. Un projet phare en terme d’environnement et un investissement colossal : construction, financement, exploitation et portage pendant 20 ans avant rétrocession à la Région.
D’un budget initial estimé à 1 milliard €, la facture est déjà aujourd’hui, un an après sa mise en service, de 2 milliards €.
Ce marché colossal attira bien des convoitises, notamment de la part de nos voisins français. En réalité, ils feront tout pour le décrocher, en bafouant les règles élémentaires de droit, d’éthique et d’honnêteté. Quatre acteurs répondirent au cahier des charges fin 2000 : Bouygues [qui avait peu d'expérience en la matière], B.S.U.B. [consortium belgo-américain regroupant Seghers, Besix, Bechtel et United Utilitis], Hydronor [Suez ex Lyonnaise des Eaux] et Aquiris [Véolia division Vivendi Environnement].
600 millions € plus cher
Alors que le consortium belgo-américain B.S.U.B. était à la fois le plus identifiable [en terme de transparence], le moins cher [1,2 millards €], le plus rapide pour la mise en œuvre et proposait la solution technique la plus solide [transformation des boues en granulation instantanée, sur place avec désinfection complète et sans émission de poussière], c’est le projet Aquiris du groupe Véolia qui sera retenu.
Pour voir son projet sélectionné, Véolia n’y est pas allé par quatre chemins, considérant ce marché comme une affaire d’État.
Lobbying, cadeaux aux décideurs, modification du cahier des charges en cours de procédure d’attribution, espionnage des concurrents, fausses informations dans la presse : toute la panoplie du parfait corrupteur a été mise en place pour arriver à leurs fins.
Bidouillages à la SDRB
Ainsi, la SDRB [et la CIBE], qui était en charge du suivi du dossier avant attribution, avait à la tête de sa cellule responsable du traitement des eaux usées un certain Jean-Paul Rosières. Lequel était assisté du bureau d’études français Merlin, chargé de l’analyse technique et scientifique des offres, et d’un comité d’experts composé notamment des responsables d’intercommunales wallonnes actives dans le domaine. Le parfait comité juge-arbitre pensait-on…
Or, Rosières ne pouvait ignorer que le bureau Merlin travaillait très régulièrement en France pour…Véolia et Suez. Difficile dès lors de garder son indépendance !
Lors de l’analyse des offres et dès que les directeurs subalternes eurent terminé leur travail, Rosières [qui venait de constater que le consortium BSUB était en tête de cette compétition] saisit les ordinateurs de ceux-ci. Il les enferma dans une pièce, dont lui seul détenait la clé, et travailla dessus tout un week-end.
rapport modifié
De même, alors que l’analyse du bureau Merlin était déjà terminée, ordre fut donné à l’ingénieur du bureau Merlin [responsable d’une partie de l'audit] de modifier les résultats de son analyse.
Ce dernier refusa catégoriquement d’inclure certains points et de modifier son analyse, argumentant que l’éthique lui interdisait d’introduire des éléments faux dans celle-ci.
La réaction ne s’est pas fait attendre : licenciement sur le champ et l’analyse modifiée par son successeur.
Conjointement, Rosières de la SDRB fit modifier les critères de sélection de l’appel d’offres afin de faire passer une technologie expérimentale à la place des technologies éprouvées qui étaient requises dans les critères de sélection. Ainsi, la technique expérimentale « Athos » du projet Aquiris put être retenue ! Le tour était joué.
Pourtant, quelles étaient les références réelles du procédé “Athos” dans le traitement des boues des stations d’épuration publiques ? Aucune, à l’exception d’ une petite station d’épuration publique dont la taille ne pouvait donner une garantie de fiabilité absolue en raison de la quantité de boues à traiter à Bruxelles Nord.
Guy Coëme le lobbyman
Encore fallait-il, après avoir bidouillé les appels d’offres et le cahier des charges, convaincre les politiques.
C’est là qu’apparaît Guy Coëme, comme lobbyiste pour… Véolia !
Guy Coëme s’activait dans des opérations de lobbying sous l’appellation de sa société « Canyon Consulting » et défendait les intérêts du projet Aquiris du groupe Veolia.
Intervention d’autant plus étrange que Canyon consulting aurait été mise en veilleuse [selon ses dires] fin des années ’90, alors que le marché à été attribué en… 2001.
Qu’a-t-il touché comme success fee [récompense logique pour un lobbyiste] dès lors qu’il n’aurait pas facturé ses prestations via sa société de consultance Canyon Consulting à la date de la passation du marché?
D’autant plus qu’au sein du jury chargé d’attribuer le marché, siégeait l’intercommunale des eaux wallonnes Igretec, dans laquelle on retrouve certaines intercommunales wallonnes et …liégeoises comme actionnaires. Or, Guy Coëme était chargé d’assurer la promotion des intercommunales liégeoises au travers d’A.P.R.I.L. dont il était le Directeur Général…. tout en étant lobbyiste pour un des candidats, Véolia qui soutenait le projet Aquiris. Ou comment contrôler le « process » à toutes ses étapes : le système dans toute sa splendeur, importé pour la cause de Liège à Bruxelles !
La bonne recette du cumulard qui bénéficie d’un salaire de Directeur Général d’A.P.R.I.L. et qui tire profit de cette société pour se faire octroyer simultanément des honoraires en qualité de lobbyiste sous le couvert de Canyon Consulting, pour ce marché comme pour d’autres, à ne pas en douter…
Pas vite gêné, il confia même à certains lobbyistes concurrents qu’il ne pouvait plus leur parler, ni les fréquenter, car il était lui-même lobbyiste pour Véolia, et que cela ferait un peu désordre si cela s’apprenait !
Do you do you St Tropez
Autre élément tout aussi troublant : quelques mois après les modifications des critères de sélection et avant la désignation du lauréat de l’appel d’offres, Véolia recevait les décideurs politiques et administratifs sur un superbe yacht aperçu au large de Saint-Tropez : une petite vedette fut affrétée en plein après-midi pour transiter les invités du port de Saint Trop’ jusqu’au luxueux bateau qui les emmènera tous faire un tour… entre cette baie et Monaco.
Est-il utile de préciser que plusieurs hauts politiciens bruxellois et liégeois [dont deux d'entre eux ont une maison sur la Côte d'Azur], ainsi que le top de la SDRB et de l’administration furent de la partie ?
Sans doute fallait-il s’assurer qu’ils choisissent le bon candidat… Une petite virée aux frais de la princesse a sûrement achevé de les convaincre !
And the winner is…
Aquiris, bien entendu, qui non seulement était plus cher [1,8 millard €, soit 600 millions € de plus que B.S.U.B.] avec des délais plus longs de mise en œuvre et un procédé de traitement des boues expérimental à l’oxygène qui présentait des risques d’explosion. En réalité, on a éliminé B.S.U.B. parce que l’État français est intervenu [comme chaque fois pour piller nos pépites] et parce que Seghers était un groupe flamand, ce qui était insupportable aux yeux de certains décideurs bruxellois.
Chose étrange : aucun des candidats spoliés n’a contesté le choix du lauréat. Y aurait-il eu marchés compensatoires pour certains ?
Cerise sur le gâteau pour nos politiciens locaux : outre les voyages, les commissions pour les lobbyistes et intermédiaires, il y eut la rénovation sous forme de mécénat du Musée de Manneken Pis.
Ils sont pas chics ces Français ? Même le pipi de Manneken Pis est purifié grâce à eux !
Johnny UBU

29 juin 2009 à 20:26
Graves ces accusations. Singulièrement, ce sont (encore) des socialos et leurs zélés fonctionnaires qu’on voit ça et là aux carrefours dangereux. On prend les mêmes et on recommence les petits jeux d’antan?
La distance semble décidément mince entre un « consultant-lobbyiste » et « l’arrangiste » , nos experts en procédures en forme de plat de spaghettis bruxello-wallon.
Heureusement qu’avec la présence d’Ecologistes au-dessus de tous soupçons, les choses vont certainement changer demain. Ya ka mettre un Defossé en piste, les grands travaux inutiles et boueux ça le connait, enfin on le disait…
Maintenant, soyons perspicaces: avez-vous déjà noté un projet public dont l’enveloppe budgétaire au stade décisionnel n’est pas enflée d’un facteur de 2 à …4 en fin de réalisations. Ce qui vaut ici pour traitement d’eaux usées se voit des milliers de fois dans les pays européens.
Optimisme opportuniste des emmancheurs de projets publics? Erreurs de jugement répétitives? Mauvaise fois? Corruption? Incompétence?
Ben, tiens, un peu de tout à la fois.
29 juin 2009 à 22:51
Personne n’ignore que les flamands par leur souci de détricoter la belgique et de ne plus penser que Vlaams Leeuw sont en train d’essayer de vider l’état fédéral de toute substance pour arriver à leur indépendance en douceur. Ce qu’ils ignorent, c’est que depuis des mois, la wallonie et bruxelles sont en train de se préparer à cette scission et par corrélation un rattachement futur à la France qui bien sûr est prête à nous accepter et d’après les derniers renseignements à nous octroyer un statut privilégié dans ce cas de figure. Il est donc normal de se préparer à cela et la grosse puissance française va manger tout cru ces entreprises flamandes devenues arrogantes face aux francophones, ce n’est qu’un juste retour des choses, en tout cas moi je n’ai pas peur d’être dirigé par un Sarko
30 juin 2009 à 14:27
@ A…..drubu ,
cher monsieur, vous avez de ces raisonnements en raccourcis wallons!
Les flamands sont parfaitement conscients, LaWarrande en tête, que 40% de l’économie nationale est INTRA-COMMUNAUTAIRE. Que l’Allemagne vient en 2e et la Hollande/france en 3e position dans nos exportations.
Qu’en dépit de l’Europe des Régions la solution n’est pas dans la fuite! Ainsi, l’autruche qui se met la tête dans le sable n’est pas moins vulnérable face au chasseur à qui elle montre son croupion !
Au lieu de vous (nous, eux) focaliser sur les extrêmistes et penser que l’herbe est plus verte dans le pré d’à-côté (j’ai lu ça qqpart) , ayez / ayons donc le réflexe de structurer nos vies avec plus de rigueur. Haro sur les laxismes divers auxquels vos « chefs » vous ont habitué. En premier, agissez afin d’éradiquer les abus socialo-régionalistes de la clique Happart – Collignon – VanCauw et leurs parvenus si nombreux (bien que vivant cachés…). Vous n’êtes probablement pas de ce profil combattif, plus vite de celui de l’autruche?
30 juin 2009 à 15:16
Pourquoi la grande presse ne dit pas un mot de ces révélations ? C’est incroyable !!!
1 juillet 2009 à 11:00
1) Rosière n’est pas directeur de la SDRB mais de la SBGE (Société Bruxelloise de la Gestion de l’Eau).
2) la Cour des Comptes épluche ce dossier dans le moindre détail depuis ses balbutiements jusqu’à aujourd’hui et n’a remis que quelques remarques mineures.
3) « aucun des candidats spoliés n’a contesté le choix du lauréat. Y aurait-il eu marchés compensatoires pour certains? » Vous connaissez beaucoup de marchés valant des milliards d’€ en Belgique pour des stations d’épuration?
1 juillet 2009 à 20:33
@Vince 3D exact mais la CIBE dépendait en 2001 de la DRB pour ce marché. Depuis la SBGE a été créée
Autres marchés ? il s’agit de groupes agissant à l’echelle MONDIALE… et d’autres marchés existent bien entendu
2 juillet 2009 à 21:54
alors là c’est vraiment du grand n’importe quoi, c’est sans doute le marché le plus clean jamais passé en Belgique, lisez les rapports de la Cour des comptes et le sujet sera vite clos…
4 juillet 2009 à 19:57
Bah si vous en êtes aussi certain de vos affirmations, pourquoi ne donnez-vous pas des noms ? Ça sert à quoi tout ce blabla si vous ne donnez pas les noms des politiciens qui trainent là-dedans. Ça montre bien que vous n’êtes pas si certain de cela de ce que vous prétendez.
Elle sort d’où cette info ?
6 juillet 2009 à 10:05
J’oubliais : un recours a été introduit au Conseil d’Etat contre l’attribution du marché par un des candidats lésés, basé sur l’argument que le traitement des boues en fin de cycle d’épuration proposé par l’adjudicataire était contraire aux prescriptions du cahier des charges. Ce recours a été rejeté.
11 juillet 2009 à 19:14
@Alexandrubu
))))
« Ce qu’ils ignorent, c’est que depuis des mois, la wallonie et bruxelles sont en train de se préparer à cette scission et par corrélation un rattachement futur à la France »
Eh bien grâce à vous, maintenant, les Flamands n’ignorent plus rien de ce plan démoniaque! Warf, warf!
11 juillet 2009 à 20:02
@ Pidubu,
!
j’accompagne volontiers votre « haute appréciation » sur l’Alexandr
Suffit de comparer l’approche des flamands de PeetersII et l’Ôliveraie en terme d’accents de gestion prévisionnelle et des écarts du style de pensée.
Milquet est comme à son habitude plus hypocrite que jamais.
EDR mène le jeu et les négociateurs entraînés par le trio Javeau – Cherron – Nollet ne sont que de paltoquets perdants ..devant faire bonne figure devant les micros! Rira bien qui rira le dernier doit se dire Elio.
Au fond, personne ne s’étonne du manque de chiffres prévisionnels des wallons : « un certain déficit », alors que leur gourou aviné est sensé disposer de sa boule de cristal pur translucide du VsL-bis?
11 juillet 2009 à 22:05
Bonjour à tou(te)s! J’aimerais vous signaler que JacPé sera en vacances du 13 au 30 juillet. Vous ne laissez jamais de commentaires sur les dessins qu’il publie dans UBU (depuis juillet 1997), donc je suppose que vous ne verrez pas tellement la différence!!! Bonnes vacances à tou(te)s! Jacpé
12 juillet 2009 à 9:06
@ JacPé :
faut pardonner à tous ces littérateurs du (des) blogs!
Concentrés qu’ils sont sur la recherche des titres « croustillants », ils en arrivent à oublier l’effort créatif des illustrateurs. Or dans ce domaine, il y a effectivement matière à observation, inventivité et à culture…
Bonnes vacances donc, ici ou là … où il y a d’autres situations concasses, tristes ou parfois souriantes à caricaturer!
13 août 2009 à 23:17
C’est drôle, Jacpé qui parle de lui à la troisième personne comme Alain Delon. Mais tout le monde s’en cogne que tu partes en vacances!! profite-en pour soigner ton manque de reconnaissance en te faisant sucer par une étoile de mer.
Ou alors ve te faire limer les ongles sur
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car c’est vraiment le site qu’il vous faut et même que les hommes savent pourquoi